Archive pour le 18 septembre, 2007

la Simplicité Volontaire

Nous vivons dans une société de consommation où
l’on croit que c’est en achetant, en se procurant des
biens, en possédant de plus en plus qu’on peut être
heureux.

Ceux qui tirent profit de cette surconsommation
– les maîtres des multinationales et maintenant
des transnationales – nous manipulent par la mode,
par la publicité et par les médias; ils créent constamment
de nouveaux besoins et répandent des illusions.

Ils sont appuyés dans leurs efforts par nos gouvernements
entichés de croissance à tout prix. Et ils réussissent,
puisque la consommation augmente constamment.
Une telle consommation a cependant de nombreuses
conséquences. D’abord sur notre environnement:
les ressources diminuent rapidement (l’histoire de la
morue en est un exemple flagrant) et, plus graves encore
sont les conséquences du rejet de nos déchets
(diverses pollutions qui détruisent la couche d’ozone,
qui provoquent l’effet de serre et qui contaminent l’eau
et l’air.)

Nous consommons actuellement au-delà des
capacités de la planète, ce qui signifie que nous compromettons
l’avenir des générations futures. Et la responsabilité
de cet état de choses nous incombe à nous,
les habitants des pays industrialisés. On ne peut, en
effet, blâmer le 80% de la population de la Terre qui
n’a souvent même pas de quoi survivre. Si tous les habitants
de la planète consommaient comme nous, il
faudrait cinq planètes pour subvenir à cette consommation.
Et ne nous faisons pas d’illusions, tout le
monde sur la Terre aspire à vivre comme nous, car
nous avons répandu l’illusion que c’était la meilleure
façon d’être heureux.

La surconsommation a aussi beaucoup de conséquences
dans nos vies. Car pour consommer ainsi, il
faut beaucoup d’argent; la plupart des gens travaillent
donc beaucoup. Au Canada, 20% des gens travaillent
plus de 50 heures par semaine. On s’épuise au travail,
on y donne le meilleur de son temps et de sa vie, alors
que les autres dimensions de son existence en souffrent
: la famille, la vie amoureuse, l’engagement social,
la vie communautaire, la santé… Même si on est comblé
au plan matériel, on est de moins en moins heureux.
Et de plus en plus de gens trouvent que ça n’a
plus de sens, qu’il faudrait faire quelque chose. Mais
quoi ?

Nos gouvernements et nos partis politiques n’ont
rien d’autre à nous proposer que d’aller encore plus
loin dans la même direction. Il faut chercher ailleurs.
C’est ce que propose la simplicité volontaire : entreprendre
immédiatement dans sa vie les changements
souhaitables.

Il ne faut pas confondre simplicité volontaire et pauvreté;
cette dernière vient de circonstances qui sont
imposées et la condition qui en résulte est pénible.
Quand on choisit volontairement de vivre sobrement, il
en va tout autrement. On ne vit pas de frustration,
puisqu’on ne se prive pas d’un bien, mais on choisit
plutôt de le remplacer par autre chose qui apporte davantage.

Ce dépouillement laisse plus de place à la conscience;
c’est un état d’esprit qui convie à apprécier, à
savourer, à rechercher la qualité; c’est renoncer aux
gadgets qui alourdissent, gênent et empêchent d’aller
au bout de ses possibilités. Ce n’est pas la richesse qui
fait obstacle à la libération mais l’attachement à la richesse;
ce n’est pas non plus le plaisir que procure les
choses agréables qui est condamnable, mais le désir
ardent de les obtenir, écrit Schumacher.

La simplicité volontaire, quand elle entraîne la non-utilisation
ou la non-possession de quelque chose, implique
un choix : ne pas adopter tel comportement ou
ne pas acheter tel objet implique un autre choix qui
procure aussi une satisfaction, ne serait-ce que celle
d’être fidèle à ses principes ou aux engagements que
l’on s’est donné.

Choisir de ne pas utiliser tel service, de ne pas céder
à telle mode, de procéder autrement et à moindre
coût, tout cela relève d’actes de lucidité et de conscience
et non de la fatalité. De toute façon, quand on
s’engage volontairement sur cette voie, alors qu’on sait
qu’on pourrait faire autrement, on domine la situation
au lieu d’être dominé par elle. Si la direction que l’on
prend ne convient pas à un certain moment, il est toujours
possible de la rectifier. Ce n’est pas une décision
irrévocable relevant d’une radicalisation qui interdit
toute concession. Ce n’est pas non plus une règle rigide
de laquelle on ne peut jamais déroger. La simplicité
volontaire est un chemin sur lequel on s’engage peu
à peu, duquel on s’écarte parfois sans se morigéner; un
chemin qu’on poursuit parce qu’il nous mène là où
nous voulons aller, parce qu’il nous satisfait.
Simplicité n’est pas non plus ascétisme; c’est même
presque son antithèse. L’ascète se prive volontairement
des plaisirs de la vie matérielle dans sa recherche d’une
vie spirituelle plus intense. L’adepte de la simplicité volontaire
ne fuit pas le plaisir ou la satisfaction. Au
contraire, il cherche à s’épanouir pleinement, mais il a
compris qu’il ne peut y arriver avec les valeurs que lui
offre la société de consommation.

La peur s’avère sans doute l’obstacle le plus important
à un engagement franc dans la simplicité volontaire.
Peur de ce que les autres penseront quand ils
nous verront nous éloigner de la « grande vie », peur
d’être marginalisés, insécurité surtout quant à l’avenir.
Car, en cette époque individualiste, nous avons été habitués
à penser chacun pour soi, à ne compter que sur
nos propres ressources quand arrivent les coups durs.
Qui voudra bien m’aider si je n’ai plus d’argent, qui
prendra soin de moi quand je serai vieux? On se
« capitonne » alors de polices d’assurances, on adhère à
un régime de retraite à toute épreuve, on met de l’argent
en banque. Quand l’avenir sera assuré, se dit-on,
on pourra alors se permettre de vivre plus librement,
alors il ne sera plus nécessaire de travailler autant. Mais
année après année, on monte la barre, on estime
qu’on n’a pas assez d’argent en réserve et on continue
le même style de vie.

Bien sûr que si on quitte son emploi du jour au lendemain,
on vend son auto, on abandonne son condo
et on essaie de ne consommer que ce que l’on peut
produire soi-même, la catastrophe ne sera pas longue
à survenir. Mais faut-il le dire encore, la simplicité volontaire
est un chemin sur lequel on avance progressivement.
Ce n’est pas une fin, mais un moyen pour arriver
à un mieux-être et non à une catastrophe. Avec le
temps, on peut s’y engager davantage. Grâce aux moments
de liberté dont on dispose désormais, développer
des liens de solidarité qui donnent la sécurité affective
nécessaire. Et comme l’éventail des besoins matériels
rétrécit considérablement, l’équilibre financier est
de moins en moins précaire.

On ne quitte pas facilement l’univers de la surconsommation.
En effet, tout porte aujourd’hui à trouver
dans une forme de consommation ou l’autre la solution
à ses problèmes, la satisfaction de ses désirs ou
plus de bonheur. Ce n’est pas sans raison que toutes
les loteries ont tellement de succès : « Si je gagnais le
gros lot, je pourrais me payer tout ce que je veux et je
serais parfaitement heureux ». Le résultat n’est cependant
jamais à la hauteur des aspirations. Ce qui était si
ardemment désiré perd de son intérêt une fois acquis.
Les besoins profonds n’étant jamais comblés par les
biens matériels. Mais l’entreprise de séduction des promoteurs
de la consommation se poursuit inlassablement
et les gens continuent à tomber dans le piège.
La simplicité volontaire constitue actuellement un
mouvement de société qui gagne chaque jour en importance.
Il me semble que nous devons faire tout ce
qu’il est possible pour favoriser cette tendance. C’est
ainsi que nous reprenons le contrôle sur nos vies, ce
qui est fort nécessaire alors que les gens ont plutôt tendance
à croire qu’ils n’ont plus le contrôle sur leur avenir.
Í

conférence de Serge Mongeau
du réseau Québéquois de la Simplicité Volontaire

http://www.simplicitevolontaire.org

Publié dans:la vie |on 18 septembre, 2007 |Pas de commentaires »

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Publié dans:informatique |on 18 septembre, 2007 |Pas de commentaires »

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