Archive pour le 20 septembre, 2007

Toilette, je boirai de ton eau

Toilette, je boirai de ton eau

Tellement banale, tellement encline à la morale que l’on n’a plus guère envie de l’entendre, on sait ! Et pourtant… Et pourtant ! L’amplitude de choix est aujourd’hui bien réduite. Soit nous nous tuons à le répéter, soit nous nous tuerons… faute de l’avoir suffisamment répété.

L’eau a donné vie à notre planète. Elle est la vie. De quel respect témoignons-nous envers la vie elle-même quand nous détruisons et gaspillons la ressource en eau ? A l’image de l’eau, nous gaspillons et détruisons nos vies. A la recherche de quoi ? D’un bonheur toujours plus éloigné de notre réalité de particule de vie. D’un bonheur s’éloignant toujours plus. Ce bonheur, je ne pense pas le trouver, comme l’on tente vainement de m’y convaincre, dans la possession, le gaspillage ou la domination. Je l’imagine bien plus dans la coopération, le respect et la simplicité.

La simplicité, voilà bien l’une des clés de la conservation de notre ressource en eau. Parce que l’eau entre dans tous les processus industriels, parce que nous l’utilisons dans nombre de nos gestes quotidiens, parce que d’elle dépend l’énergie, nous pouvons la protéger en vivant simplement. Moins nous consommons, moins nous cédons aux néo-besoins, moins nous ferons pression sur nos ressources. Parce que nous, occidentaux, polluons l’eau jusqu’en Europe de l’Est, en Asie, en Afrique et en Amérique du Sud, nous pouvons, par la simplicité volontaire, permettre à d’autres de boire à nouveau l’eau de leur puits. Vivons simplement pour que d’autres puissent simplement vivre nous disait Gandhi.

Un jour, dans les manuels d’histoire, figurera cette aberrante statistique : « A l’aube du troisième millénaire, 20% de l’humanité consommait 80% des ressources de la planète », accompagnée de ce commentaire : « une inégalité inégalable ». La suite indiquera « Ce chiffre éveilla toutefois un nombre croissant de consciences éco-humanistes, consciences qui réclamèrent alors le respect de la vie. Leur requête fut un moment qualifiée de pure fantaisie, voire de pure folie. C’était une époque où le profit individuel passait encore avant le profit collectif planétaire. »

Parlons-en, d’ailleurs, de folie. Imaginons ce que nombre d’auteurs ont imaginé… La fin de notre civilisation, le jour où l’ultime goutte fera déborder la Terre. Ce jour-là, imaginez… L’eau des toilettes, nous la boirons. Sans en avoir le choix.

Aujourd’hui, l’eau des toilettes, nous pouvons la boire, par choix. Je la mets dans la cuvette ou dans mon verre ? Si je vote « cuvette », j’hypothèque la possibilité d’en boire après-demain. Si je vote « verre », je protège durablement la ressource.

Toute la question est ainsi de savoir quand nous boirons l’eau de nos toilettes.
par fanch
source  le site decroissance.info

Publié dans:la vie |on 20 septembre, 2007 |Pas de commentaires »

Le présent autrement

Le présent autrement

À l’échelle individuelle, la décroissance passe par un niveau de consommation compatible avec la disponibilité des ressources de la planète, c’est à dire par une empreinte écologique globale viable (ce qui n’est pas le cas actuellement). C’est entre autres ce que visent ceux qui prônent la simplicité volontaire dans les pays riches, c’est à dire la réduction de ce niveau de consommation jusqu’à un niveau viable pour la planète. Beaucoup espèrent que cette simplicité volontaire pourra s’étendre à la plupart des gens, de façon à vivre une décroissance conviviale et non une récession. Le doute majeur quant au caractère convivial de cette décroissance concerne l’imminence du pic pétrolier, qui entrainera une récession globale de l’économie si la demande mondiale en pétrole ne baisse pas, c’est à dire si les activités des habitants des pays riches ne gagnent pas en efficacité et surtout en sobriété énergétique. Si une telle récession a lieu, beaucoup de gens réduiront leur niveau de consommation par nécessité.

Ainsi, dans l’idée d’agir pour étendre la simplicité volontaire à un grand nombre de personnes, beaucoup espèrent que le pic pétrolier n’aura pas lieu trop tôt et ne génèrera pas de chaos social avant qu’on puisse entamer cette décroissance conviviale. D’autres en revanche espèrent que ce pic aura lieu le plus tôt possible pour inciter les gens à remettre en question leur mode de vie et à mettre la décroissance en pratique dans leur vie quotidienne.
Mais pourquoi faudrait-il espérer avant d’agir ?

Espérer c’est croire que demain ce sera mieux. Croire cela ou pas n’est en aucun cas un problème, mais agir et vivre en fonction de cet espoir, c’est vivre chaque jour comme un jour qui ne nous convient pas tout à fait, et se rassurer en se disant que plus tard ça ira mieux, mais sans savoir quand, ce qui revient à se condamner indéfiniment à attendre.

En fait, on n’a aucune possibilité de savoir si demain ce sera mieux ou pire, si ce qu’on fait fonctionnera comme on veut ou non, si ce sera utile ou non, comment ce qu’on fait va se goupiller dans la réalité. Ne pas savoir cela ne consiste pas en un refus de le savoir, c’est simplement assumer qu’on ne le sait pas, et c’est ne pas agir par rapport à une espérance quelconque, par rapport à des scénarios ou à des distributions de probabilités, à un avenir dont on suppose qu’il sera plutôt comme ceci ou comme cela. Il s’agit d’agir dans l’ici et maintenant. Ainsi les choses ne peuvent être faites que pour ce monde-ci, pas pour un futur hypothétique. Le pari sur l’avenir hypothèque le présent.
Mais alors pourquoi agir si on n’a pas d’espoir particulier ?

Beaucoup de gens sont conscients de l’impasse où se trouvent la croissance économique et le mode de développement des pays occidentaux et occidentalisés, mais ne jugent pas que cela vaille la peine de faire quoi que soit car ils pensent qu’au final cela ne servirait pas à grand chose, que cela n’aurait pas un effet notable. Une telle posture considère qu’il ne convient d’agir que si on est convaincu que cela sera efficace, sinon ce serait un peu “se fatiguer pour rien”. Une telle posture considère en quelque sorte le fait d’agir comme un travail, comme une corvée, faite avec l’espoir qu’elle portera un jour ses fruits.

Or agir ce n’est pas une corvée, c’est simplement un autre mode de vie, plus plein, plus joyeux, plus appétissant, plus riche de relations humaines… Bien sûr, on peut aussi agir en pensant à l’avenir, mais ce qui nous motive ce n’est pas ce qu’on imagine de l’avenir, c’est ce que l’on perçoit dans le présent.

Pour finir je retiendrais cette phrase de François Partant « Il ne s’agit pas de préparer un avenir meilleur mais de vivre autrement le présent. »

par Korrotx   pris du site la decroissance.info

Publié dans:la vie |on 20 septembre, 2007 |Pas de commentaires »

Ce que nous apprennent les « sans »

Ce que nous apprennent les « sans »

La crise structurelle que vivent nos sociétés, bien qu’elle prenne des formes différentes dans les pays du Nord et du Sud, a partout le même sens : il n’est raisonnablement plus possible de croire au développement qu’incarnent les pays du Nord et vers lequel tendent ceux du Sud. Ce modèle productiviste, on s’en rend compte aujourd’hui, n’est ni extensible, ni même viable. Il ne fonctionne pas. C’est pourquoi nos sociétés – qui comportent des zones de « Nord » au Sud, et des zones de « Sud » au Nord – sont des sociétés excluantes et centrifuges. Elles ne peuvent s’offrir le luxe d’ »inclure » tout le monde dans leur modèle dominant de consommation. Elles ne peuvent pas ne pas exclure ; ce sont des sociétés du délestage.

On voit aujourd’hui se développer une sociologie des « exclus », des « sans » : sans papiers, sans travail, sans logement, sans accès à la santé, à l’éducation, à la culture, sans droit à la différence (le handicap, par exemple)… Tous ceux qui sont « sans », c’est-à-dire des millions et des millions d’êtres humains, puisque la moitié de l’humanité vit avec moins de deux dollars par jour, ne se définissent donc pas par rapport à ce qu’ils sont, mais par rapport à ce qu’ils n’ont pas, par rapport à ce qu’ils ne sont pas. Petit à petit, celui qui n’a pas devient celui qui n’est pas : il est ce qu’il n’a pas, ce qui suggère que la privation en fait un être humain diminué. Par un tour de passe-passe, elle devient l’essence de son être, sa définition. Cela conduit à une société de l’étiquetage, où l’étiquette supplante l’homme. Être, c’est avoir. Nous partons d’un principe fondamental : dans notre société, il n’y a pas d’exclus ; tout le monde est inclus, mais en des lieux différents. Celui qui est dans le besoin, celui qui va mal, qui n’a droit à rien, n’est pas exclu : il occupe la place qui est la sienne dans une société injuste.

Non seulement les « sans » ne sont pas exclus, mais ils sont l’élément sur lequel reposent nos sociétés, car ils sont identifiés comme une source d’insécurité. Ils sont le ciment d’une société sans ciment. Privés d’accès aux soins, ils inquiètent les intérêts des bien portants et du système de santé ; squatters ou privés de terres à cultiver, ils inquiètent les propriétaires ; privés de papiers, ils inquiètent les nationaux ; privés des biens élémentaires, ils inquiètent ceux qui y ont accès ; privés de travail, ils inquiètent ceux qui en disposent et servent d’arme de chantage pour imposer la précarité à tous les salariés. Les « sans » assument cette fonction sociale qui est d’incarner l’insécurité, cette insécurité absolument nécessaire pour maintenir notre société de discipline et d’isolement. Ils offrent l’image de ce qu’il ne faut devenir à aucun prix, justifiant une barbarie quotidienne, l’écrasement du voisin, l’acceptation d’un modèle de société qui menace toute l’humanité. L’insécurité isole les différentes familles d’un même immeuble, les habitants d’un même pays, isole les pays les uns des autres… Elle est un modèle de domination qui a cours aussi bien en macropolitique que dans les vies individuelles. Ce terme est utilisé à propos de tout, sauf à propos des grandes sources d’insécurité réelle. Par ailleurs, se croire un « inclus », un « avec », relève d’une illusion : l’immense majorité des « inclus », même très haut placés, ne vit que sous la menace de l’exclusion. Inclusion et exclusion sont les deux faces d’une seule et même médaille, celle d’une société disciplinaire. Accepter qu’il y ait des exclus et des inclus implique d’accepter cette société disciplinaire.

La lutte des « sans » a marqué les esprits ces dix dernières années, mais elle reste aux yeux de la plupart des gens, y compris des principaux intéressés, motivée uniquement par le désespoir et par les nécessités de la survie. Or, notre hypothèse est que les « sans » sont porteurs de bien plus que d’une simple lutte catégorielle. Nous sommes à un moment charnière où ils débordent de la simple lutte pour la survie, sans toutefois être encore de nouveaux sujets sociaux – c’est-à-dire sans cesser d’être des objets de sociologie pour devenir eux-mêmes des sujets ; sans cesser d’être ceux que l’on regarde pour devenir ceux qui regardent la société, qui la pensent, qui l’interpellent. Tout le monde se rend compte que la lutte des squatters, des sans terres, des sans papiers, est porteuse de quelque chose qui interpelle l’ordre injuste de notre monde ; et pourtant, ses protagonistes, mal représentés dans les instances contestataires internationales, n’arrivent pas encore à être une multiplicité de sujets sociaux. Ils n’ont pas conscience de leur légitimité à l’être, et n’apparaissent pas non plus aux yeux des autres, au-delà de la sympathie qu’ils peuvent susciter, comme des acteurs sérieux, porteurs de nouvelles formes de sociabilités et constructeurs de mondes meilleurs. Or il faut faire en sorte que la société et ses problèmes se pensent depuis de véritables laboratoires, qui produisent depuis la marge ce qui est insoluble depuis le centre. Le capitalisme est en roue libre, et son hégémonie repose sur des fondations bien trop profondes pour qu’on puisse la réduire à un affrontement entre salauds et gentils. La réalité actuelle, si injuste et détestable qu’elle soit, a des raisons d’être ce qu’elle est, et il faut s’atteler à comprendre ces raisons. Le changement ne relève pas d’un « il n’y a qu’à », mais nécessite au contraire une sérieuse production de pensée. Ce travail ne pourra venir que des « sans » et de leurs amis.

Pourquoi les « sans » peuvent-ils devenir de nouveaux sujets sociaux ? Parce que, à un moment donné, ils cessent de s’accrocher à l’espoir. Voilà le pivot : quand, tout à coup, on perd aussi l’espoir, qui n’est à nos yeux qu’un mécanisme de dévitalisation du présent. On pourrait croire que, sans espoir, c’est encore pire ; mais cela signifie au contraire que les gens, en prenant conscience qu’ils doivent développer leur propre puissance, leur propre liberté, pour créer de nouvelles conditions de vie, éprouvent et expérimentent quelque chose dont le reste de la société est privé. Dans un monde dominé par l’impuissance, par l’incapacité à influer sur son devenir, les « sans » exercent un nouveau type de protagonisme, qui ne reste pas au niveau des souhaits. Alors qu’au centre, des millions de personnes, de façon abstraite, souhaitent le changement, eux, dans les marges, sont dans des pratiques de changement. Et c’est cela qui est déterminant.

Nous partons en effet de l’hypothèse que, malgré le développement d’un mouvement contestataire, pour le moment, et peut-être pour longtemps, un changement de modèle de société, un changement d’hégémonie, est improbable. Rien ne se dégage qui nous permette de dire : le monde va s’ordonner sur des bases différentes. Souhaiter ce changement, si fort que ce soit, ne suffit pas à le rendre réalisable. Il n’y a pas de révolution en vue, ni même de réforme, puisque, le modèle n’étant pas extensible, il faudra toujours déshabiller les uns pour habiller les autres – si du moins ces derniers veulent être habillés comme les autres. Quoiqu’il en soit, nous estimons que la possibilité ou non d’un changement d’hégémonie n’est pas notre problème. Souhaiter l’avènement d’une autre situation, qui se substituerait purement et simplement à celle qui est à la nôtre, ce serait céder à une illusion, et se condamner à l’impuissance. La seule chose que nous puissions faire, c’est développer et cultiver des pratiques de changement.

A une époque confrontée à la raréfaction de l’eau, à une disparition de 50% des espèces, à la fonte des glaces, à la dégradation de l’atmosphère, à des pollutions installées pour des millénaires, la seule résistance réelle, la seule subversion, est de désirer autrement. Si les gens continuent à se lever le matin – ou à ne pas se lever, d’ailleurs – pour les mêmes raisons qu’aujourd’hui, nous courons à la catastrophe. Comment désirer autrement ? Les « sans » ont des réponses à cette question. Une majorité d’entre eux continuent à désirer être des « avec », à désirer là où on leur dit de désirer, et, de ce fait, ils restent des objets sociaux. Ils restent à la place où le système les veut. Ils restent dans l’illusion qu’ils sont des exclus et qu’ils pourraient être des inclus. Mais par ailleurs, en Amérique du Sud, en Italie, à certains endroits en France, de façon minoritaire mais très intéressante, on voit se dessiner des lignes de fuite : un certain nombre de « sans » se mettent à désirer autrement. Au lieu de s’accrocher au rêve de la consommation, ils construisent des foyers de solidarité. Partout dans le monde, de façon frappante, des gens disent : « Nous avons cherché des moyens de survie, et nous avons trouvé une forme de vie supérieure. »

Nous sommes convaincus qu’il existe chez eux, à condition qu’ils deviennent des sujets, un contenu universel qui dépasse largement leurs revendications concrètes. Un autre élément subversif de leur combat est qu’ils assument le fait d’être sans utilité économique, et d’avoir pourtant droit à la vie. Dans leurs pratiques, ils revendiquent la profonde nature humaine, qui n’a pas à être utile : l’homme n’est pas un outil de production. Le revenu vital n’a pas à être déguisé en salaire.

Cette déclaration se veut un simple point de réflexion entre les « sans », pour eux, et pour la société. Elle a pour but une mise à jour de la réflexion, et ne vise surtout pas à créer une coordination – ni même forcément des liens durables. Il ne s’agit surtout pas de formater ou de diriger les mouvements, de tenter d’instaurer une centralité qui serait catastrophique, mais seulement de se rassembler à quelques occasions, de façon éphémère, pour mettre en circulation quelques réflexions communes et les offrir à la multiplicité. Se rassembler, puis s’éparpiller à nouveau pour se rassembler avec d’autres, ou pour se retrouver plus tard, ailleurs, permettrait d’éviter à la fois l’écueil de la dispersion et celui du formatage.

Florence Aubenas (journaliste), Gérard Barrero (militant No Vox), Miguel Benasayag (philosophe, psychanalyste), Carmen Castillo (cinéaste), Mona Chollet (journaliste), Jean-Baptiste Eyraud (militant Droit au logement et No Vox), Thomas Lemahieu (journaliste), Laurent Lévy (avocat), Annie Pourre (militante Droits devant !!), Malika Zediri (militante associative contre les précarités).

source   decroissance.info

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